Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 14:37

J'ai de la chance.
J'ai beaucoup de chance même.

 

Mon homme ne me bat pas.

Sur Terre, une femme sur trois est victime de violence. Une femme sur dix en France. Une femme meurt tous les 3 jours de ces violences. 

J'ai de la chance. Je n'ai mal nulle part. Et je suis en vie.

Je suis en bonne santé. Ma famille aussi.

 

J'ai de la chance, j'ai un toit alors qu'en France, 800 000 personnes n'ont pas de domicile fixe, au moins.

Je n'ai pas froid. J'ai à manger.

 

J'ai de la chance, j'ai le droit de penser et de dire ce que je pense.

J'ai le droit d'aller et de venir. D'aimer qui bon me semble. J'ai le droit de travailler, le droit d'apprendre.

 

J'ai décidemment beaucoup de chance. Il ne faut pas l'oublier.

Par Loulou
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 10:37
Le haïku est une forme poétique trés codifiée venant du Japon, et datant des années 1660.
Le maître spirituel de cette poésie serait Bashō Matsuo.
C'est un court poème (seulement 3 vers) qui doit photographier l'essence d'un moment.
Pour pouvoir porter le titre de Haïku, il doit y avoir dans un des premiers vers une référence à la saison. Ce poème comporte traditionnellement 17 mores (un découpage des sons plus fin que les syllabes) en trois segments 5-7-5, et est calligraphié sur une seule ligne verticale.
Quand on écrit un haïku en français, on remplace les mores par des syllabes, cependant, une syllabe française peut contenir jusqu'à trois mores, ce qui engendre des poèmes irréguliers. Ils ne peuvent alors plus porter le nom de Haïku,un haïku de plus de 17 mores est dit ji-amari (« lettres en trop »), et un de moins de 17 mores est dit ji-tarazu (« lettres en moins »).

Quelques exemples de ces moments emprisonnés, par Bashõ:




Devant l’éclair
sublime est celui
qui ne sait rien!




Aux admirateurs de lune
les nuages parfois
offrent une pause




Première bruine
j’aurai pour nom
« le voyageur »




Vieil étang
au plongeon d’une grenouille
l’eau se brise




Au nectar d’orchidée
le papillon
parfume ses ailes


Et puisqu'il y a aussi des auteurs plus contemporains:




Sous un soleil brûlant
je ramasse dans un seau
les os chauds.


Sumiko Tsujimura (Hiroshima)




Ma sœur, morte brûlée,
tient toujours à la main
son ombrelle décorée.


Ishi Funazu (Nagasaki)









Par Loulou
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 10:33
La pluie tombe fort
les gouttes dans la flaque
les cercles parfaits
Par Loulou
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 14:49
Un peu secouée de ma rencontre avec la vieille dame dans le parc, je remontais en haut de mon arbre. J'ai encore le temps pour changer ce qui ne va pas. Si je devais mourir demain, qu'est ce que je devrais changer pour ne rien avoir à regretter ?
Dire "je t'aime" à ceux que j'aime. Leur dire que si ils ont besoin de moi, d'une petite fille, d'une petite soeur, d'une femme, d'une mère, je suis là, et je les aime. Ça c'est pas difficile. Suffit de le dire. De PRENDRE LE TEMPS de le dire.
Je ne voudrais pas regretter non plus de m'être endormie, de n'avoir pas fait ce que je voulais vraiment dans la vie. Je suis une exploratrice, une assoiffée de connaissances, de découvertes. Je veux voir les mondes, visiter toutes les planètes, entrevoir le moindre microcosme. Comprendre ce qui marche, et ce qui ne marche pas, dans tous les sens du terme.
Je voudrais aussi laisser ma planète dans l'état où je l'ai trouvé en entrant. Question de respect pour les suivants, hein. Et par amitié pour Dame Nature (vous c'est la Terre, votre planète, la mienne, c'est Dame Nature). Elle me donne tant Dame Nature, je ne peux me permettre de lui faire la moindre écorchure.
La liste de tout ce qu'il y a à changer pour ne pas avoir de regrets serait longue. Mais je suis persuadée que quand on veut changer, on peut le faire ! Enfin, la plupart du temps. Il y a parfois des obstacles plus ou moins difficiles à contourner. La rivière aussi rencontre des obstacles dans sa quête vers la mer. Qui ne rencontre pas d'obstacles ? Les vents eux même ne sont pas complètement libres. Ils doivent cohabiter entre eux, s'adapter aux désirs de chacun. Les montagnes se mettent sur leurs chemins, modifiant de force les trajectoires. L'eau subit aussi de pareille contraintes. Tout comme l'oiseau, qui vole contre le vent. Parfois on ne peut pas changer, parce qu'on n'est pas la seule personne concernée, parce que parfois la volonté ne suffit pas. Mais quand on peut, et qu'on veut, alors on peut. C'est bête non ? Non, pas vraiment. Un jour je suis allée sur la Terre, et je me suis promenée dans un marché, dans un joli petit village tout en bois en haut d'une montagne. Un monsieur d'un âge certain dans un pull verdâtre propose des truites. Je lui explique que sur mon astéroïde on ne mange pas les animaux, il me réplique qu'il ne pourrait pas. Je ne sais pas pourquoi ? C'est peut être physique. Peut être que son corps à lui ne peut pas vivre sans ingurgiter de chair animale. Le mien le peut mais peut être pas celui de ce terrien que j'ai rencontré ? Ou alors il ne le veut pas. Ça à l'air d'être culturel plutôt, puisque certains terriens ne mangent pas de viande, soit par choix, soit par contrainte. Au monsieur au pull verdâtre, j'aurais dû lui répondre que s'il le voulait, il le pouvait.
Moi, à bien y réfléchir, j'ai envie de faire pleins de choses ! Et de ne pas avoir de regrets, surtout.



Par Loulou
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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 14:34
Il fait encore très froid. Rares sont les Terriens qui sortent encore se promener dans les villes. Je crois qu'il sont mieux chez eux, au chaud. Pourtant quelques enfants jouent à glisser sur la glace, à lancer des boules de neige, à construire des igloos. La neige semble vouloir rester un peu sur le sol froid.
Au coeur des villes, on trouve des oasis de verdure. Des parcs, ça s'appelle. Un endroit où les hommes ont fait pousser des arbres, des fleurs, de l'herbe. Parce qu'il n'y en avait plus, parce que la ville avait tout recouvert, qu'elle avait repoussé la nature loin, loin, loin. Il y a souvent des bancs dans ces parcs, des bancs pour s'asseoir, et sans bouger, profiter de la nature environnante. J'aime bien m'asseoir sur un de ces bancs et regarder les autochtones déambuler devant moi. On apprend beaucoup en observant.
Je m'assois un moment sur un de ces bancs. En face de moi, des enfants jouent sur des toboggans, des tourniquets, des balançoires. On dirait qu'ils ne sentent pas le froid. Je crois que les enfants ne ressentent pas les choses de la même façon que les grandes personnes d'ici. On dirait qu'il y a deux mondes. Le monde de l'enfance apprend beaucoup au contact du monde adulte. Pourtant le monde adulte semble imperméable à celui des enfants. C'est comme si les adultes oubliaient peu à peu l'enfant qu'ils étaient. Je me demande s'ils l'oublient vraiment. Y pensent-ils parfois ? Il faudra que je leur demande.
Un groupe de personnes âgées se dit au revoir au coin d'une rue. Ils sont tous vêtus de noir et leurs mines sont graves. Quelques embrassades, des serrages de mains, et ils partent par petit groupe de deux ou trois. Une vieille femme s'éloigne su groupe, seule, elle se dirige dans ma direction. Arrivée à ma hauteur, elle me sourit, me salue et sort de son sac une petite couverture qu'elle dépose sur le banc avant de s'asseoir. Elle porte un bêret élégant, noir comme l'ensemble de sa tenue, qui lui cache les oreilles, mais laisse entrevoir ses boucles grises. Elle observe elle aussi, ce qui l'entoure.
"- Ils ont la vie devant eux, ces petits bouts." dit-elle en me souriant. C'est étrange, elle sourit et pourtant elle semble triste.
"- J'espère qu'ils mèneront leur avenir mieux que je n'ai mené mon passé.
- Oh ! Je suis sûre qu'ils feront de leur mieux. Tout comme vous l'avez fait.
- Je crois bien que je n'ai pas fait de mon mieux, jeune fille, justement.
- Vraiment ? Vous avez un regret ?
- Plusieurs même." soupire-t'elle. Après un moment de réflexion, elle reprend:
"- Que faites vous dans la vie, mademoiselle ?
- Je heu... je suis exploratrice.
- Oh voilà un joli travail !
- Ca n'est pas vraiment un travail. C'est ma vie.
- Et qu'explorez vous donc, si je puis me permettre une indiscrétion ?
- Et bien, le monde. Les habitants, les cultures.
- Ah vous êtes une... comment disent les jeunes maintenant ? Argh, ma mémoire me fait défaut, excusez moi. Une anthropologue je crois ! C'est ça ?
- Heu, je ne sais pas. Je suis curieuse. Enfin, c'est comme ça qu'on dit chez moi. Et vous, que faites vous dans la vie ?
- Oh, aujourd'hui, plus grand chose. Je joue à la belotte dans un club pour personnes âgées, je lis, je me promène.
- Vous jouez à la belote ? Qu'est ce que c'est ?
- Un jeu de carte."
Elle sortit un petit paquet de son sac, un paquet en cuir, rectangulaire, pas plus grand qu'une main. Elle en sortit un lot de petites cartes, sur lesquelles étaient dessinés des personnages, et des motifs, en rouge ou en noir. Elle m'expliqua les rois, les reines, leurs valets, et les guerres qu'ils menaient avec leurs petits soldats. Les règles de la belotte me parurent un peu compliquées, au premier abord. Mais je compris que c'était un jeu, et aux yeux brillants de la vieille dame, je voyais bien que ce jeu lui procurait beaucoup de joie. Elle m'expliqua qu'elle retrouvait une dixaine d'amis dans un centre mis à disposition par sa ville et qu'ils jouaient des longues heures avec ces cartes. J'en conclus que les personnes âgées, elles aussi, savent jouer tout comme les enfants. Je me demandais si je devais les considérer comme des adultes, ou comme des enfants.
"- Avant de passer mes journées à jouer aux cartes, on m'appelait "la dame aux chats". J'avais une quinzaine de chats chez moi, et quelques autres qui passaient de temps en temps. Je m'occupais d'eux, je les soignais, les nourrissais, je jouais avec eux. Ca prend beaucoup de temps vous savez. Un peu trop peut-être. Mon mari ne voulait pas que je travaille, alors j'occupais mes journées avec mes chats. Vous savez ce que je rêvais de faire, quand j'étais plus petite ? Je rêvais d'être vétérinaire, de soigner les animaux. Je n'ai jamais pû le faire. C'est qu'à mon époque, ça ne se faisait pas, pour une femme, de travailler. Il fallait s'occuper de son petit mari, de ses enfants, de la maison. Alors j'ai pris des chats. Beaucoup. Trop peut être. Ma fille m'a souvent reproché de passer plus de temps avec mes chats qu'avec elle. C'est sans doute pour ça qu'elle ne me parle plus aujourd'hui. Je ne l'ai pas vu depuis des années. Ma soeur non plus ne veut plus me voir. Elle dit que je suis comme un chat, cruelle et égoïste. Elle dit qu'à force de passer son temps avec des animaux, on en devient un. Je sens le chat, dites moi ?"
Je hume l'air à la recherche d'une fragrance particulière.
"- Un peu, peut être, en effet."
Elle sourit, tristement toujours.
"- Alors ce doit être vrai."


" Vous voyez, petite curieuse, aujourd'hui je suis au crépuscule de ma vie. Je viens d'enterrer mon mari. Je n'ai même pas eu le temps de lui dire que je regrette. Je regrette de n'avoir pas été là quand il était souffrant, qu'on a dû l'opérer d'une vilaine sciatique, il y a 20 de ça maintenant. Mais je devais m'occuper de mes chats, vous comprenez ? Je regrette de ne l'avoir pas mieux soutenu quand il a perdu son travail, et quand son frère est mort. Je regrette de ne pas l'avoir compris, de ne pas l'avoir écouté. Je regrette d'avoir été si méchante avec lui, à être toujours sur son dos, a essayer de le changer. Je ne lui ai même pas dit que je l'aime.
- Il est mort sans savoir que vous l'aimiez toujours ? Ca c'est bête alors !
- Oh oui.
- Mais ça n'est pas difficile à dire !
- Hé non. Pas vraiment.
- Vous regrettez beaucoup de choses vous !
- Vous êtes à l'aube de votre vie, vous. Prenez bien soin de ne rien regretter. Sur ce, excusez moi petite dame, mais je crois que je vais rentrer, la journée a été éprouvante."
Elle me salua avant de partir en boitant. Je restais pensive sur le banc de plus en plus froid. Le soleil déclinait derrière les immeubles.
Y a t'il des choses que je regrette, déjà à mon âge ? Sans doute, je dois pouvoir trouver deux ou trois choses qui ne sont pas telles qu'elles devraient l'être. Il est encore temps de changer ça ! Mais vite ! Si je devais mourir demain ?
Par Loulou
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